Laura d'O.

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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 17:23

 

 

Trotter sur un trottoir, à pied, en cheval ou en patinette, le challenge reste le même: éviter les obstacles! Et par obstacles, on entend ceux qui déam-bulle-nt, ceux qui gesticulent. Et les funanbules.

Perchés, sur le rebord, à défier la mort.

Moi je ne sais jamais les croiser correctement. Les gens m'attirent, qu'y puis-je? Tel un aimant, je les suis. La règle est pourtant claire: de face, il faut aller dans des directions contraires. 

Mais comment se rencontrer autrement?

Le gris du troittoir varie. Et il rit.

Il rit de ma maladresse.

J'ai perdu mon adresse. 

Et je les vois déambuler.

J'aime les regarder.

J'essaie de ne pas les éviter. 


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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 18:04

"No other library anywhere, for example, has a whole gallery of unwritten books - books that would have been written if the author hadn't been eaten by an alligator around chapter 1, and so on."

[Small Gods, Terry Pratchett]

 

Nulle autre bibliothèque, nulle part ailleurs, ne possédait un rayon entier de livres non-écrits, des livres qui auraient été achevés d'écrire si leur auteur n'avait pas été mangé par un alligator autour du premier chapitre, etc..

 

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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 17:55

2008

 

 

            Il avait fallu à Alice une soirée pour accepter, une seule. Anne-Sophie l’avait tirée par la main, l’avait poussée à se bouger :

            « Tu es plus blanche que tes murs, alors arrête de pleurer sur ton sort et viens danser ! Il y aura plein de monde, plein de bruit et plein de belles boissons colorées ! »

            Même sans tous les arguments du monde, Alice aurait accepté. Elle aurait accepté, parce que de toute façon, Anne-Sophie ne lui aurait pas laissé le choix. Elle était comme ça, Anne-Sophie. C’était une fille qui ne lâchait rien.

            « Je croyais qu’on avait toujours le choix ?

            ¾ Ma pauvre Alice, tu ne connais pas ce fameux adage qui dit que la liberté de chacun commence où s’arrête la mienne ? »

            Il n’avait fallu qu’un éclat de rire, qu’un sourire et qu’un regard trop bleu d’Anne-Sophie pour qu’Alice se retrouve au milieu d’une fête où chacun ne jouait pas à lui-même ; une fête où la musique rentrait dans votre corps sans que vous n’y prêtiez attention. Car la musique sortait d’énormes baffles qui, statues sombres, carrées et surdimensionnées, n’étaient rien d’autre que le décor. La musique se jetait sur les corps mouvants, attirée par la chair fraîche et les cœurs battants. Et ces vibrations que les baffles émettaient finissaient pas vous faire oublier que vous étiez encore un corps physique que l’on peut saisir et maltraiter, elle vous possédait, elle vous suçait le sang.

C’était une soirée où les gens se touchent sans le sentir, où les gens dansent sans honte, rient sans savoir pourquoi et qui, pour la moitié d’entre eux, finirait par un réveil difficile. Alice s’était retrouvée un moment dans la salle de bain d’une inconnue pour se rafraichir. Elle avait beau adorer Anne-Sophie, elle ne supportait pas ces soirées où la foule ne faisait qu’une et où vous ne faisiez qu’une avec la foule. Elle ne voulait pas être un mousquetaire anonyme, elle se l’était répété des milliers de fois. Elle ne voulait pas non plus « faire pause » avec ça, comme le lui suppliait Anne-Sophie. Anne-Sophie était déjà quelqu’un à plein temps, elle ne pouvait pas comprendre ce que c’était que de lutter pour se faire un nom !

            Enfin, la fouineuse qu’elle était avait très vite changé de sujet de conversation avec elle-même pour tout aussi rapidement déduire que l’appartement où elle se trouvait appartenait à une fille. Il suffisait d’ouvrir l’armoire à pharmacie, regarder la couleur du papier toilette et des petites tenues dissimulées derrière la porte pour le savoir. Tellement facile. Tellement plus intéressant que de voir cette nénette aux jambes nues perchée sur ce garçon, la langue dans sa bouche et les yeux fermés tout en se sachant observée.

            Et Alice s’était retrouvée enfermée par elle ne savait quel tour de passe-passe. Enfermée dans la salle de bain d’une inconnue au parfum bon marché de chez monoprix ! Elle n’arrivait pas à le croire ! Elle avait frappé plusieurs fois à la porte mais personne n’avait répondu. Normal, avec tout ce bruit ! Alors Alice s’était contentée de soupirer et d’attendre, assise sur la lunette des toilettes. Anne-Sophie finirait par s’inquiéter, si personne jusque-là ne se trouvait pris d’une envie pressante…

Alice avait alors réalisé qu’elle ne se trouvait pas seule ici. Quelqu’un ronflait et le son ne venait pas d’un cracheur de son enroué, il provenait d’un point précis de cette pièce. Elle se redressa d’un bond des toilettes sur lesquelles elle s’était assise : il y avait quelqu’un dans la baignoire !

Caché derrière le rideau de douche à petits canards !

Alice avait réveillé cet inconnu aux cheveux bleus. Il avait eu un coup de fatigue, rien de bien grave. De longs cernes violacés sous les yeux, les paupières lourdes, le blanc des yeux rouges, oui, tout allait pour le mieux.

            « Vous n’auriez pas une pince? »

            Alice s’était étonnée : « Pour quoi faire?

            ¾ Eh bien pour nous sortir de là ! Ça n’existe pas que dans les films ces choses-là. Les gens ne sont pas assez futés pour inventer, ça part forcément de quelque chose. Vous ne vous êtes jamais demandé si la guerre de Troie n’avait pas existé ? »

            Elle avait haussé les épaules. Anne-Sophie aurait continué la conversation, mais Alice n’avait vu que le génie de ce doigté : « Vous sauriez faire ça sans laisser de trace, et en plein jour ?

            ¾ Je vis aussi le jour.

            ¾ Vous pourriez m’ouvrir une porte ? »

            Il n’avait pas eu l’air de comprendre. Les gens parlaient parfois en message codé, avait-il semblé penser. Une lueur étrange avait soudain pris feu dans le regard de la jeune fille aux cheveux blonds mais il avait quand même presque acquiescé.

            « J’ai chez moi une porte qui ne veut pas céder et le propriétaire ne m’a pas laissé de clef. Ça m’embête. Vous donnez des coups de main de temps à autre, non ? »

            Il avait fini par opiner de la tête. Par avaler son mensonge, tout du moins.

Le lendemain, Alice l’attendait de pied ferme dans son appartement. Il arriva en retard. A présent, il était bien là, en vrai ! Et il tentait de faire céder cette porte.

            « Vous resterez pour refermer? demanda Alice.

            ¾ Oui, si vous voulez… »

            Alice se fichait de son air perplexe, elle jubilait. Il ne lui avait fallu que quelques tours de poignets, à ce garçon ! Puis la serrure céda, enfin. Alice hésita une fois devant le panneau de bois, prise d’une soudaine appréhension. Si près du but, elle avait peur d’être déçue.

L’inconnu ouvrit la porte. Elle en sursauta. Non pas parce qu’il y avait à l’intérieur de la pièce mais parce qu’elle n’avait pas vu son bras s’avancer pour l’ouvrir.

            « Vous vouliez entrer ou juste regarder la porte ? Pas besoin de forcer la serrure dans ce cas. »

            Alice se renfrogna et fit un pas en avant. De quoi il se mêlait celui-là ? Mais elle l’effaça de sa mémoire pour se concentrer sur l’atelier. Elle entrait pour la première fois dans le sanctuaire de son colocataire inconnu. Jusqu’à ce jour, la porte était restée fermée à double tour et les volets clos ne lui avaient pas permis de discerner quoi que ce fût à travers la serrure. Ils étaient toujours fermés ! Elle se dirigea à tâtons jusqu’à la fenêtre qu’elle discernait grâces aux traits de lumière qui passaient par les rainures. Le volet ne mit pas de temps à céder. La lumière entra dans la pièce d’un coup et le regard d’Alice se posa alors sur l’inconnu aux cheveux bleus qui s’y tenait en plein centre devant ce qui semblait être le poste de travail : un petit plateau tournant en bois couvert d’une pâte brune séchée. Alice s’amusa de la surprise qui s’était peinte sur ce visage pâle que venait noircir une barbe naissante, puis elle posa enfin les yeux, elle aussi, sur les centaines de sculptures d’argiles, de toutes tailles, entassées sur d’immenses étagères qui dissimulaient le moindre centimètre carré de mur de cette pièce. L’atelier de Dieu en glaise et en pierre.

C’étaient de curieuses créations à l’allure souvent désarticulée. Des visages. Beaucoup de visages. Elle ne savait où poser ses yeux, espions silencieux. Mais, mis à l’écart, huit autres visages attirèrent très vite son attention. Des visages, mais des visages qui n’en avaient pas vraiment. Des bustes, c’étaient des bustes sans visages.

Un frisson parcourut son échine. Elle se sentait telle une fillette découvrant des jeux interdits. Quelque chose lui disait qu’elle n’aurait pas dû poser ses yeux sur ces bustes, mais quelque chose avait inexorablement attiré son regard par là. Les cheveux étaient là, dessinés avec précision, les traits aussi. Minces, fins, longs ou ronds, ces visages avaient des mentons pointus, doubles, arrondis. Quatre de femmes et quatre d’hommes. La différence était remarquable, elle ne savait trop comment. Mais les nez, les yeux, les bouches et les détails semblaient avoir été effacés précipitamment, peut-être même plusieurs fois, comme si le créateur n’arrivait pas à se décider.

L’inconnu la dévisagea : « On ne devrait peut-être pas être là.

¾ On ne devrait pas être là.

¾ Vous m’avez baratiné ?

¾ En quelques sortes. »

Elle serait restée là des heures. Mais l’inconnu de la salle de bain, visiblement mal à l’aise, prétextait déjà un rendez-vous et des tas de choses à faire, choses qu’il s’évertuait à énumérer, espérant rendre son histoire crédible. Quoi qu’il disait peut-être vrai, pensa Alice. Après tout, on pouvait parfois faire confiance aux gens. Il partit sans un nom lui aussi, ce génie aux doigts d’argents, refermant le sanctuaire derrière lui, pour ne pas lui attirer d’ennuis à elle, avait-il précisé.

Se retrouvant seule, Alice entra alors dans la chambre de son colocataire anonyme, découvrant que cette porte n’avait jamais été loquée, elle. La pièce était aussi vide que le reste de l’appartement. Alice s’en serait doutée. Frénétique, elle se alors mit à fouiller partout, derrière les chemises rangées, bien droites dans l’armoire, derrière les quelques livres posés sur une petite étagère. Et elle finit par trouver une clef. Elle l’avait essayée sur la porte, fulminant contre elle-même de ne pas y avoir pensé plus tôt ! Ça n’était pas la bonne cependant, pas de quoi s’en vouloir donc. Elle continua de fulminer tout de même. Puis elle reprit ses fouilles, jetant de temps à autre un coup d’œil à sa montre. Déçue de ne rien trouver, elle finit par abandonner. Il fallait qu’elle demande à Anne-Sophie de reproduire ces visages. Elle saurait faire. Elle l’avait déjà vu gribouiller ses feuilles de cours avec un bon coup de crayon. Elle allait lui demander. Et puis elle trouverait un moyen de rouvrir l’atelier pour quelques heures. Le temps qu’Anne-Sophie accepte, ça lui laissait…

 

 


1997

 

 

La petite Anne-Sophie sentit ses joues s’empourprer d’une colère vive. Elle connaissait déjà le coupable et ce bonhomme-là allait passer un mauvais quart d’heure, elle le lui promettait ! Ses petits poings se serrèrent et son devoir d’art plastique précédemment saccagé se recroquevilla dans le creux de sa main, pauvre bête innocente prise dans des serres puissantes.

Il allait vivre le pire moment de sa vie !

Elle s’avança à grands pas vers les escaliers. Le faste de la maison familiale ne l’impressionnait guère. Elle n’avait qu’une idée en tête, une idée fixe : il ne s’en sortirait pas comme ça ! Son petit pas faisait grand bruit. S’il y avait encore eu un chat ici, il aurait déguerpi de suite malgré les disputes régulières auxquelles on s’accoutume. Les parents n’étaient pas loin, mais la demoiselle s’en fichait pas mal. Le courroux maternel ne serait rien face au sien.

Les autres jouaient dans le salon. La plus grande s’était installée dans un fauteuil pour lire, un œil sur ses deux cadets. Les jumeaux étaient assis autour de la petite table et se défiaient aux cartes. Les regards en disaient long : Charlotte ne laisserait pas le gros Jules remporter aussi facilement la partie. Mais ils s’arrêtèrent net au bruit. Leur cadette surgit, cramoisie, presque à bout de souffle :

« Toi ! »

Son petit doigt pointait le frère coupable qui ne se démonta pas devant cette dernière. Qu’est-ce qu’elle lui voulait encore ?

Charlotte tourna la question autrement : qu’avait-il encore fait, ce Jules ? Et de quelle mauvaise plaisanterie avait-il lui-même cherché vengeance au préalable ? Mais on ne lui laissa pas le temps de chercher plus loin les réponses à ces questions impossibles du monde, la fillette se jetait déjà sur son frère, lui hurlant à la figure qu’elle lui ferait la peau. On ne gâchait pas ainsi autant d’heures de travail qui ne vaudraient même pas la moyenne !

Mais avec sa crinière folle et sa jupette, elle ne lui faisait pas peur, la cadette : époumone-toi petite sœur, tu te sentiras mieux après ! D’un bras, Jules l’arrêtait déjà.

Les moqueries maintenant ? Mais c’était qu’en plus il se foutait d’elle, le grand frère!

Maya s’était levée. Il fallait que tout ça cesse avant que…

Or il était déjà trop tard. Une porte s’ouvrit au loin. Puis un bruit de talons suivit. Le coupable posa son regard par là-bas. L’ennemi ne se tenait pas devant lui, non, il arrivait par derrière.

L’effrontée, elle, sentit son sang ne faire qu’un tour. Elle ne partirait pas pourtant, non ! Pas comme ça ! Elle cracha un dernier mot, releva le menton dans une petite moue de défi. Il ne le referait plus. Il n’en avait pas intérêt. Il lui restait alors quelques secondes pour fuir, mais en grand vainqueur ! L’escalier, vite. Anne-Sophie s’efforça de ne pas courir et déjà elle franchissait les premières marches. Le bruit des talons venait de s’étouffer dans la mer de tapis du grand salon, de l’autre côté du hall d’entrée, ce hall qui était aussi haut qu’une église, abritant un escalier digne de l’échelle de Jacob. Anne-Sophie arrivant presque en haut, se crut sauvée mais le tambourinement reprit d’un coup, annonçant une nouvelle bataille. Anne-Sophie se retourna : sa mère venait de franchir le seuil du hall.

Et elle n’hésita que deux secondes seulement : « Anne-Sophie! »

Le sifflement arrêta la gamine qui posa une main sur sa poitrine. Son cœur avait cessé d’y chanter. Elle allait mourir là, dans ces escaliers et elle n’aurait même pas le temps d’apprécier la vie à sa juste valeur comme la lui décrivait si bien sa sœur aînée, la grande et sage Maya. Les autres étaient encore dans le salon. Ils allaient l’entendre hurler.

Oh mais non, elle ne hurlerait pas ! Elle resterait digne, surtout devant la mort.

La mort était vêtue de noir. Ses yeux avaient une lueur étrange. Ses traits ne dépeignaient que la colère et la détermination. Elle persiffla à nouveau mais Anne-Sophie n’écoutait pas, elle cherchait l’air, tournant toujours le dos à l’étage quand elle aurait pu encore y trouver une échappatoire. Elle réalisa qu’il ne restait que quelques pas à la faucheuse pour la rejoindre. Cette vision la fit reculer. Elle buta contre la dernière marche et se retrouva sur le derrière sans parvenir à en comprendre le pourquoi du comment. L’air revint d’un coup. Ses poumons avaient daigné s’ouvrir dans un spasme. La fessée qu’elle venait de s’infliger elle-même avait fait effet ! La mort, de son côté, montait à grandes enjambées. Ses fines jambes recouvertes de bas noirs l’aidaient. Elle saisit l’oreille avant que la fillette n’eût le temps de réagir, la soulevant et lui arrachant un cri bref. Mais Anne-Sophie se retint de le prolonger. Elle ne hurlerait pas, elle l’avait dit ! Elle resterait digne, surtout devant la mort !

Trois pas, puis on lui lâcha l’oreille pour agripper le vêtement. Trois autres pas et Anne-Sophie se retrouvait dans sa chambre. Elle en resta coite. La porte venait de claquer mais elle n’avait rien entendu. Elle restait là, bouche bée, sans comprendre ce qui venait de se passer. La peur au ventre, elle se recroquevilla enfin dans un coin, puis attendit que le palpitant se calme. Que venait-il de se passer? Qui pouvait dire ce qui se passait dans la tête de la mort?

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Déborah Mitford

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Mardi 6 mars 2012 2 06 /03 /Mars /2012 17:50

Pourquoi est-ce que j'écris?

 

Mais parce que c'est le meilleur moyen

de me payer UNE AUTRE VIE!!!

 

 

Au sens figuré, bien sûr...

 

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dessin par Ramon Casas 

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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 15:06

 

 

 

‎"L'homme le plus heureux


est celui qui fait le bonheur


d'un plus grand nombre d'autres."

 

 

 Diderot

 

 

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Amanda Palmer

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